Le risque du crédit

Une débâcle aux proportions planétaires, pourtant née d’une idée révolutionnaire. Celle de créer des instruments financiers qui redistribuent les risques à large échelle. Réparti auprès de nombreux investisseurs, le risque de crédit ainsi géré a permis l’accès au financement pour le plus grand nombre.

Les dérivés de crédit ont donc une fonction économique fort souhaitable. Mais ils sont aujourd’hui menacés par les dérapages spéculatifs du secteur bancaire, appâté ces six dernières années par la demande massive d’hypothèques bon marché américaines.

L’industrie de la finance ne fera pas l’économie d’une réflexion de fond sur elle-même. A commencer par son système nerveux central: les modèles mathématiques qu’elle utilise pour prévoir les prix et les risques de ces produits financiers complexes. Ils s’avèrent obsolètes. Dépassés par la croissance frénétique de ces dérivés, ils n’ont pu saisir la nature de ces nouveaux risques et seront remplacés.

Mais les modèles disent ce qu’on veut leur faire dire. En réalité, les banques pouvaient adopter des hypothèses plus prudentes, mais elles ont opté pour les scénarios les plus roses, extrapolant l’historique boursier sans taches des cinq dernières années. Prendre en compte plus de risque paraissait alors moins rentable.

Faux calcul. Car le marché est venu réclamer son dû, le prix de ces risques sous-payés, prélevant aux banques 90 milliards de dollars estimés ce semestre. On parle même de recapitalisations majeures. Volatilisés, les profits des dérivés et les économies de fonds propres. Si l’industrie de la dette titrisée doit survivre, les modèles devront refléter le pire comme le meilleur. A chaque crise rejaillit l’évidence: le risque n’est pas gratuit, il a un coût, et quelqu’un doit le payer.

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