RIO TINTO
La Chine n’entend pas laisser le contrôle d’une partie de son industrie aux groupes miniers, nouveaux nababs du capitalisme mondial. Mardi, un quotidien économique chinois a soulevé un vent de révolte. Selon lui, le premier sidérurgiste de Chine Baosteel préparerait une surenchère sur Rio Tinto. Si l’OPA hostile de l’anglo-australien BHP Billiton sur son homologue Rio Tinto venait à réussir, le plus grand groupe minier mondial et son rival éternel, le Brésilien CVRD, contrôleraient à eux deux 80% de la production mondiale de minerai de fer, dont la Chine fait une consommation boulimique.
“Nous envisageons (une offre). Il y a une très grande possibilité que le projet d’offre se poursuive”, a indiqué Xu Lejang, le président de Baosteel dans les colonnes du “21st Century Business Herald”. Il est important pour le groupe de disposer de ses propres ressources minières, a t-il précisé, soulignant de la sorte son inquiétude face au risque que représente pour son pays la fusion entre BHP et Rio Tinto. La Chine, qui absorbe près de 40% de la production mondiale de minerai de fer, est devenu le premier consommateur mondial de cette matière première, vitale au développement de ses infrastructures.
De plus, la Chine est pénalisée par l’atomisation de son secteur sidérurgique. Aujourd’hui, plus de 900 sidérurgistes chinois de toutes tailles se disputent le précieux minerai. Cet éparpillement nuit gravement à son pouvoir de négociation sur les prix avec les groupes miniers. Cependant, Baosteel semble ne pas faire le poids face à BHP. Sa filiale cotée, qui regroupe 75% de sa production globale, est valorisée environ 35 milliards de dollars. “Ils n’ont pas d’autres choix que de s’allier avec le gouvernement pour proposer une contre-offre sur Rio Tinto”, a d’ailleurs estimé un analyste à DBS Vickers Hongkong.
Officiellement, le gouvernement chinois n’est pas impliqué dans cette contre-offre. Pour Helen Lau, analyste spécialisé de Daiwa Securities à Shanghai, Baosteel pourrait plutôt chercher à s’allier avec Nippon Steel, deuxième sidérurgiste mondial derrière ArcelorMittal, avec lequel il a déjà crée une coentreprise.
Il semble donc que la tournée asiatique organisée par le directeur général de BHP Billiton, Mark Kloppers, dans le but de convaincre ses clients du bien fondé de la fusion ne les ait pas suffisamment rassurés. De son côté, Tom Albanese, le patron de Rio Tinto, qui continue d’étudier l’offre de BHP, a reconnu subir de “très fortes pressions” de la part de ses propres clients.
A Londres, le titre Rio Tinto progresse de 1,34% à 5516 pence. BHP est stable à 1577 pence. Mardi à la Bourse de Shanghai, le titre Baosteel a gagné plus de 5% sur cette possible surenchère.